Deux anciens rituels suivirent autrefois des chemins distincts au Sri Lanka. Le premier, encore plus ancien, était l’Esala, une offrande aux dieux pour demander la pluie, la fertilité et de bonnes récoltes, née dans la chaleur sèche du IIIe siècle av. J.-C. Le second débuta au IVe siècle, lorsque la princesse Hemamala, dissimulant une relique sacrée dans ses cheveux, apporta sur l’île la canine gauche du Bouddha, afin de la mettre à l’abri loin des conflits en Inde.
Au fil des siècles, ces deux processions se sont entremêlées pour former une grande tradition, rendant hommage à la fois aux divinités hindoues et au Bouddha, considéré comme leur souverain, dans une rare communion de croyances partageant une même rue.
Le Perahera, tel que nous le connaissons aujourd’hui, prit sa forme sous le règne du roi Kirthi Sri Rajasinghe au XVIIIe siècle, lorsque la procession de la Relique de la Dent fusionna avec les quatre peraheras des devalas de Kandy. Depuis lors, à chaque saison d’Esala et pendant dix nuits, le claquement des fouets annonce le passage, les danseurs de feu illuminent l’obscurité, les tambours donnent son rythme à la ville et des dizaines d’éléphants richement caparaçonnés transportent le reliquaire devant les murs des temples éclairés par des lampes.
Pour le voyageur, c’est l’histoire en mouvement, la foi rendue visible, et le rappel que peu d’endroits permettent de voir défiler des siècles de tradition en une seule nuit.